Basketball
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Photo: UNI Athletics
Montréal, 10 avril 2026 (Sportcom) – Un nombre record de 36 basketteurs canadiens a participé au tournoi masculin du March Madness cette année, dont 9 Québécois. Certains y voient une véritable preuve de l’émergence de la province sur la scène nord-américaine. D’autres constatent plutôt la nécessité désolante de s’installer aux États-Unis pour progresser.
Ismaël Diouf est l’un des joueurs québécois à avoir pris part à la compétition cette année avec les Panthers de l’Université du Nord de l’Iowa. L’ancien représentant du Rouge et Or de l’Université Laval avait choisi de poursuivre son parcours universitaire au sud de la frontière l’an dernier.
Originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Diouf admet avoir voulu rester dans sa province natale, mais les avantages de s’engager avec une université américaine dépassent toutes ses attentes. « Ils prennent tout ça plus au sérieux, notamment avec l’alimentation à laquelle ils ont accès. Ils y accordent plus de temps, précise l’étudiant-athlète. Moi, il fallait que je travaille, que je paie mon loyer, que j’aille à l’école (au Québec). Ici, en ce moment, j’ai des cours en ligne, puis j’ai deux cours d’une heure », explique-t-il.
La compensation financière offerte aux athlètes, autorisée depuis 2021, représente également un incitatif important vers la NCAA, chez les hommes comme chez les femmes. Plusieurs peuvent en tirer d’importants montants dès le recrutement, contrairement à ceux et celles qui évoluent au Canada, où les règles sont beaucoup plus strictes.
« Il y en a ici qui font des millions de dollars juste pour être dans l’équipe. Au Canada, on n’a pas le droit d’avoir plus que les frais de scolarité payés », déplore Diouf, en entrevue à Sportcom.
Un problème qui a aussi été soulevé par le directeur technique de Basketball Québec, Alejandro Hasbani.
« Ils mettent beaucoup d’argent. En revanche, ici dans les universités, si tu veux recruter un joueur, tu ne peux même pas lui offrir à manger ou à dormir. Le joueur va payer de ses moyens, même si tu recrutes un étranger », expose-t-il.
Oui, l’argent est un argument de taille, mais les athlètes voient le pays de l’Oncle Sam comme un tremplin nécessaire pour leur carrière. « Je ne sais pas si c’est pour l’argent. C’est plus une question de dire : »je suis aux États-Unis, je me fais remarquer et, à partir de là, je peux commencer à écrire mon parcours » », constate M. Hasbani, soulignant au passage tout le travail effectué en amont, au Québec, qui aura servi de tremplin à de nombreux athlètes. Au final, tout part d’ici.
« C’est vraiment le mérite des gens qui travaillent chaque jour dans le milieu, responsables de différents programmes. Il y en a beaucoup qui sont bénévoles et qui ont suivi les athlètes qu’on voit aujourd’hui dans les finales NCAA. Mais quand ils étaient ici, ce sont ces personnes qui ont travaillé dans l’ombre, qui ont poussé ces athlètes-là pour les former, pour l’école, ou même pour leur donner une paire de souliers. »

La folie de la « grande danse »
En plus de Diouf, les Québécois Olivier Rioux (Floride), Nginyu Ngala (Kansas), Dylan Desbiens (Louisville), Jeremy Foumena (Centre de la Floride), Chris Tadjo (Santa Clara), Jordann Dumont (Virginia Commonwealth), Thomas Ndong (California Baptist) et Edouard Benoit (Lehigh) ont tous pris part au volet masculin du March Madness.
Leurs équipes ont malheureusement toutes été éliminées lors de la première fin de semaine d’activité. M. Hasbani ne peut s’empêcher de rêver : « Si aujourd’hui, on en avait neuf, on aimerait en avoir bientôt trois fois plus. »
Chez les femmes, Marie-Denis Ntambue et ses coéquipières de l’Université Villanova ont été stoppées au premier tour, tandis que Cassandre Prosper a vu son parcours prendre fin en quarts de finale avec l’Université Notre-Dame.
Participer au March Madness représentait un objectif important pour Ismaël Diouf. Celui-ci a vécu l’expérience pour une toute première fois cette année. Il a d’ailleurs transféré de l’Université d’État de la Caroline du Nord après la saison 2024-2025. Décision qui s’est avérée gratifiante puisqu’il a également mis la main sur le championnat de la Conférence Missouri Valley il y a quelques semaines.
Rappelons que le colosse de 6’9’’ avait été élu joueur par excellence après une victoire de l’Université Laval en finale canadienne, titre qui avait été remporté devant ses partisans en 2024.
La saison du RSEQ et le championnat U Sports ne peuvent toutefois pas concurrencer face à la fougue du March Madness. « Je comprends bien qu’il n’y a pas beaucoup de tentation pour un joueur de rester au Québec lorsqu’il y a cinq universités qui forment une ligue », met au point Alejandro Hasbani, en poste chez Basketball Québec depuis 17 ans.
« Le Canada a copié un peu la culture sportive des Américains. On n’a cependant pas réfléchi qu’on n’a pas la même population et les mêmes ressources », renchérit-il.
L’avenir d’Ismaël Diouf reste incertain, même s’il soutient vouloir une année d’éligibilité supplémentaire pour demeurer en division 1. « (L’entraîneur-chef) Ben Jacobson est parti à Utah State. Donc, soit je reste à UNI avec le nouveau coach, soit je m’en vais ailleurs. Ça va dépendre de si le coach me veut à Utah State », indique le basketteur. Il souligne néanmoins avoir rejoint l’équipe pour la fraternité avec les coéquipiers et l’encadrement des entraîneurs, critères qui l’ont immédiatement interpellé.