26 Oct - 2026 | par Luc Turgeon

Rugby à XV

Des victoires historiques et le début d’une nouvelle ère

Nouvelle

Photo: Facebook / Utrecht Shield

Montréal, 26 octobre 2026 (Sportcom) – Les Red Roses d’Angleterre ont seulement perdu 3 de leurs 74 derniers matchs en rugby à XV. Deux de ces rarissimes défaites sont survenues coup sur coup ce mois-ci, contre les Canadiennes.

La dernière fois que les Anglaises avaient subi deux revers consécutifs remontait à 2016. En fait, les championnes du monde en titre n’avaient pas perdu depuis 2022, en finale de la Coupe du monde, contre les Néo-Zélandaises.

La semaine dernière, le Canada l’a emporté 24-21 à Toronto, mettant fin à la séquence exceptionnelle de 41 parties sans revers des Red Roses. Une deuxième victoire de 31-22 a été signée vendredi à Ottawa.

« C’est immense, a partagé Alexandra Tessier. Je pense que c’est un beau pas vers l’avant et c’est aussi la preuve que lorsqu’on travaille fort chaque semaine, ça rapporte. On ne s’est pas assises sur notre victoire de la semaine dernière et c’est pour ça qu’on a obtenu un beau résultat. »

Il y a un peu plus d’un an, les Canadiennes s’inclinaient 33-13 face aux Anglaises en finale de la Coupe du monde. Match qui avait été disputé au Stade Allianz de Londres devant 81 000 personnes. C’est aux Canadiennes que l’avantage du terrain a souri cette fois-ci. Leur premier gain a été signé devant 18 621 personnes, une foule record pour du rugby féminin en Amérique du Nord.

« Forcément, gagner nous a donné beaucoup de confiance et ça montre qu’on est capables de le faire. Ça nous a donné un petit boost pour continuer à mettre les efforts, parce qu’on est sur la bonne voie », a déclaré Justine Pelletier, qui jouait son 50e match avec la sélection nationale à l’occasion de cette victoire historique au domicile des Argonauts et du Toronto FC.

Vendredi dernier, sous les lumières du Stade TD, plus de 13 000 spectateurs étaient réunis dans les gradins de la capitale nationale.

« C’est la 16e joueuse ! Ça aide énormément avec le momentum, on entend beaucoup crier et encourager », a admis Pamphinette Buisa, qui a grandi tout près, à Gatineau. Elle avait manqué la dernière Coupe du monde en raison d’une blessure.

Buisa et ses coéquipières ont été supérieures à tous les niveaux, en route vers une victoire de 31-22. Elles ont produit plusieurs revirements à des moments clés de la rencontre et ont réussi d’impressionnantes percées offensives, surtout le long des lignes de côté. Leur vitesse et leur intensité ont semblé secouer les Red Roses, sans réponse devant un public particulièrement bruyant du début à la fin malgré la fraîcheur automnale.

Capitaine de l’unifolié, la Britanno-Colombienne Sophie de Goede a inscrit 21 points dans la victoire, presque autant que l’équipe adverse. Julia Omokhuale et Savannah Bauder ont aussi marqué des essais pour le Canada.

Laetitia Royer était la seule Québécoise de l’alignement partant canadien, alors que Fabiola Forteza, Alexandra Tessier, Justine Pelletier et Pamphinette Buisa ont toutes fait leur entrée sur le terrain en deuxième demie.

« Cette semaine, on avait parlé de toujours monter nos standards et on veut continuer sur cette lancée. Maintenant, voici où on est et on veut toujours pousser plus pour voir où ça nous mène », a souligné Tessier.

Dans certains médias sportifs anglais, on parle d’une nouvelle ère en rugby et d’un message fort envoyé par les Canadiennes aux autres nations. Questionné à ce sujet en conférence de presse, l’entraîneur-chef Kevin Rouet se souciait très peu des analyses de la planète rugby.

« On n’envoie pas trop de messages, nous, on vit notre vie! On a perdu contre la France avant, on ne peut pas tout gagner. Perdre contre la France a été dur pour nous, mais ça nous a permis de nous recentrer. L’objectif principal était de battre l’Angleterre au moins une fois en octobre et on a gagné deux fois. Ça nous envoie un message positif et on se concentre sur ce qu’on fait. » 

Revenir en force

Ce n’est pas rare de voir des équipes ou des athlètes s’accorder une année de transition après un grand événement sportif, que ce soit des Jeux olympiques, des Jeux paralympiques, ou d’une Coupe du monde, comme c’est le cas pour l’équipe féminine de rugby.

Les vice-championnes du monde ont préféré appuyer sur l’accélérateur plutôt que de ralentir. Avec le départ de certaines joueuses, dont la Québécoise Karen Paquin, quelques recrues ont rejoint le groupe et se sont rapidement démarquées.

Parmi 32 joueuses présentes à la Coupe du monde 2025, 14 ne faisaient pas partie de la formation canadienne à Ottawa.

« On aurait pu se dire que c’est une année post-Coupe du monde et qu’on se concentre sur le développement, que ce n’est pas grave les résultats et qu’on est là pour construire un groupe. On est plutôt arrivées en se disant qu’on voulait plus, qu’on veut aussi performer. Celles qui ont intégré le groupe ont su monter les standards avec une bonne énergie. On possède une très grande profondeur », a vanté Justine Pelletier.

Depuis 1982, une équipe féminine de rugby défend le bouclier Utrecht sur la scène internationale, un peu à l’image d’une ceinture à la boxe. Les Red Roses en ont été les détentrices pendant 734 jours avant de le perdre aux mains des Canadiennes à Toronto. Pelletier l’avait en sa possession lorsqu’elle s’est présentée devant les journalistes, aux côtés d’Alexandra Tessier et Pamphinette Buisa.

Peu importe la durée de ce nouveau règne, mettre fin à celui des Red Roses aura marqué les esprits. Jusqu’à nouvel ordre, le bouclier Utrecht appartient aux Canadiennes.

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