17 Août - 2021 | par Luc Turgeon

Triathlon mondial Groupe Copley

Jérémy Briand aurait aimé voir plus de Canadiens

Nouvelle

Jérémy Briand pédale sur son vélo.

Photo: World Triathlon / Tommy Zaferes

Montréal, 17 août 2021 (Sportcom) – Jérémy Briand s’est senti bien seul cette fin de semaine au Triathlon mondial Groupe Copley. Unique Canadien en action lors de l’épreuve individuelle masculine, il est lui-même passé près de rater l’événement en raison des critères d’admissibilité de la fédération canadienne qu’il juge « trop sévères ».

« C’est dommage qu’on n’ait pas plus de Canadiens sur la ligne de départ. La fédération nationale est très exigeante dans ses quotas. Il a fallu que je me batte et ça m’a pris beaucoup d’énergie pour pouvoir entrer », a mentionné Jérémy Briand à Sportcom le week-end dernier.

Briand s’était classé neuvième à la Coupe du monde de Huatulco, au Mexique, en juin dernier. Il a toutefois stoppé le chronomètre 2 secondes trop tard afin d’être éligible à l’étape des Séries mondiales de Montréal, selon les critères de Triathlon Canada.

« Il a fallu que j’aille en appel pour changer la décision de la fédération. Dans une course de triathlon, 2 secondes, ce n’est pas significatif. À ce moment-là, la fédération devrait utiliser son jugement, mais ça n’a pas été le cas au départ. »

Vendredi, le parcours de Jérémy Briand s’est conclu au repêchage. Il a raté sa qualification par 2 secondes, ici aussi.

Seule Amélie Kretz a arboré la feuille d’érable sur son maillot à l’épreuve individuelle féminine. Blessée, elle a dû abandonner et a décidé de mettre fin à sa saison.

Quatre Canadiens ont pris part au relais mixte dimanche, soit Jérémy Briand, Emy Legault, Kira Gupta-Baltazar et Brock Hoel.

Un processus à respecter

Eugene Liang a fait son entrée au poste de directeur de la Haute Performance chez Triathlon Canada en 2016 avec un mandat bien clair : celui de former des athlètes pouvant monter sur les podiums au plus haut niveau.

« On m’a demandé de reconstruire le bassin d’athlètes pour avoir de telles performances », explique-t-il.

Ainsi, différents critères ont été élaborés afin d’assurer une progression constante. Pour qu’un Canadien puisse prendre part à une Série mondiale, il doit d’abord suivre différentes étapes et cumuler des points à des niveaux inférieurs, comme des Coupes continentales et des Coupes du monde.

« Ils doivent être en mesure de performer à un certain niveau avant de passer à un autre. Par le passé, plusieurs Canadiens étaient en action en Série mondiale, mais ne récoltaient pas suffisamment de points pour grimper au classement », raconte M. Liang.

En ce qui concerne Jérémy Briand, plusieurs éléments ont été pris en compte pour assurer l’équité du processus et pour trouver un compromis.

Le directeur de la Haute Performance se dit satisfait des mesures mises en place jusqu’à présent. Qu’un événement ait lieu à la maison ou ailleurs, l’objectif demeure le même, tout comme la stratégie pour y arriver. Aux dires du principal intéressé, les gens tendent à oublier que la haute performance est un milieu où on compte beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

« Ceux qui ont répondu aux critères n’ont jamais cessé de progresser », défend Eugene Liang, qui cite en exemple le parcours de la Québécoise Amélie Kretz. « Le moment où elle a atteint les standards de Série mondiale, elle n’a plus jamais eu à regarder derrière. »

Une occasion à saisir

Avant même d’aggraver une vieille blessure au tendon d’Achille lors de l’épreuve individuelle, Amélie Kretz avait renoncé au relais mixte. Celle qui a terminé 15e aux Jeux olympiques de Tokyo, meilleur résultat canadien de l’histoire chez les femmes, préférait laisser à d’autres la chance de courser à domicile.

« C’est idéal pour se tester sur cette distance et pour gagner en expérience », a-t-elle affirmé à Sportcom, la semaine dernière.

La jeune formation de l’unifolié s’est classée huitième du relais mixte. Du haut de ses 26 ans, Jérémy Briand était l’aîné du quatuor, suivi d’Emy Legault (25 ans), de Brock Hoel (20 ans) et de Kira Gupta-Baltazar (19 ans).

Aucun doute, Emy Legault aimerait que ces occasions se multiplient à l’avenir.

« C’est vraiment important de permettre à d’autres de se préparer pour ces courses-là afin d’avoir un plus grand bassin d’athlètes qui sont capables de courser. Si nos filles et nos gars au top ne sont pas en mesure de faire les épreuves, on a du monde prêt à prendre la relève (au Canada) », a-t-elle souligné.

Legault en était à une première compétition en Série mondiale. Elle avait toutefois participé à l’épreuve de qualification olympique de Lisbonne (Portugal), en juin dernier.

Selon Jérémy Briand, le développement exigé par Triathlon Canada vient surtout leur mettre des bâtons dans les roues. D’autant plus que « des courses régulières et fréquentes » figurent au sommet des facteurs de réussite du plan de haute performance de la fédération.

« Ça nous nuit en ce qui a trait aux occasions qu’on peut avoir. Pour des courses comme celle-là, présentées ici au Canada, il y a des places supplémentaires qui peuvent être allouées. J’espère au moins que ce que j’ai fait, ça va permettre à d’autres athlètes d’avoir des opportunités comme celle-là dans le futur. »

Une réussite malgré tout

L’événement présenté au Grand Quai du Port de Montréal la fin de semaine dernière a tout de même été une réussite, tant aux yeux des spectateurs que des compétiteurs.

« Ç’a été un succès sur toute la ligne. Les athlètes ont apprécié, surtout dans ce nouveau format. Je vois des triathlons depuis 30 ans et c’est le format le plus excitant que j’ai vu jusqu’à maintenant », souligne le président du Triathlon mondial Groupe Copley, Patrice Brunet.

Le super-sprint a été disputé pour une toute première fois en Série mondiale.

« J’ai dit à la fédération (internationale) que ça m’intéresse moins maintenant d’organiser des événements de distance olympique ! C’est un spectacle qu’on a réussi à livrer et j’en suis très fier. »

Lui aussi aurait toutefois aimé voir plus de représentants locaux en action.

« Ça me déçoit quand des places restent inoccupées et que des athlètes sont laissés de côté. Les carrières sont courtes et chaque opportunité apporte de l’expérience. Ce n’est pas mauvais de finir 30e. Il faut faire confiance en leur orgueil et se dire qu’ils vont se reprendre la prochaine fois et devenir meilleurs. »

Bien qu’il ne partage pas cet avis, Eugene Liang croit que la progression constante des triathlètes canadiens pourrait bien mener à une plus grande participation du pays en Série mondiale. À court terme, il estime toutefois que la solution serait de tenir une Coupe du monde plutôt qu’une étape de la Série mondiale dans la métropole.

Triathlon Canada a d’ailleurs poussé en ce sens. Tout en respectant les critères, les Canadiens y seraient alors plus nombreux à nager dans les eaux du fleuve Saint-Laurent et à sillonner les routes du Vieux-Montréal devant leurs proches, pense M. Liang.

« Je préférerais voir un maximum de Canadiens à une Coupe du monde et qu’ils y connaissent du succès. Une simple participation, finir parmi les derniers ou ne pas inscrire de points ne leur apporte rien dans leur progression. Organiser une Coupe du monde serait positif tant pour la communauté sportive canadienne que pour les athlètes. Elle est là la solution. »

D’ici là, Montréal accueillera les Championnats du monde sprint amateurs l’été prochain, en plus d’une autre étape super-sprint de Série mondiale.

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