27 Jan - 2021 | par Mathieu Laberge

Plus vite, plus haut, plus fort… et plus jeune

Nouvelle

Montréal, 27 janvier 2021 (Sportcom) – L’ajout de nouvelles disciplines au programme des Jeux olympiques pour attirer un auditoire plus jeune ne date pas d’hier. L’arrivée du surf des neiges aux Jeux de Nagano (1998) avait fait grand bruit et l’admission des autres disciplines comme le slopestyle et le Big Air sont elles aussi allées en ce sens à ceux de Sotchi (2014) et de Pyeongchang (2018).

Les Jeux de Tokyo présenteront sept nouveaux sports : le surf, le skateboard, l’escalade sportive, le karaté, le basketball trois contre trois, ainsi que le baseball (hommes) et le softball (femmes). Ce virage jeunesse sera encore plus prononcé avec l’ajout du breakdance à Paris en 2024.

Une voie rapide

L’organisation du sport international de haut niveau relève des fédérations sportives internationales. Celles-ci gèrent aussi les processus de qualifications olympiques selon les standards établis par le Comité international olympique (CIO). Pressé de faire entrer dans son giron des disciplines populaires chez les jeunes, le CIO accélère leur admission au cercle olympique, même si certaines d’entre elles n’ont pas toujours une fédération internationale reconnue par tous.

C’est ce qu’on a pu voir avec l’admission du skateboard à Tokyo et l’histoire a failli se répéter, il y a quelques semaines, avec le Parkour, une course acrobatique où les participants doivent surmonter des obstacles de mobilier urbain.

Parkour Earth, la fédération internationale de ce sport, a demandé au CIO de ne pas inclure le Parkour aux Jeux de Paris en raison d’une tentative de « mainmise hostile » par la Fédération internationale de gymnastique (FIG). La discipline qui s’autoproclame « l’art du déplacement » ne sera finalement pas des Jeux de Paris, sauf que la FIG doit présenter la première édition de ses Championnats du monde en mars au Japon. Un autre signe fort qu’elle tient à mettre la main sur ce sport.

Cette situation n’est pas sans rappeler ce qui s’était déroulé dans les années 1990, alors que l’International Snowboard Fédération (ISF) organisait les compétitions les plus prestigieuses en surf des neiges. La Fédération internationale de ski (FIS) a commencé à présenter à son tour des épreuves et c’est finalement elle qui sera reconnue par le CIO, ce qui forcera l’ISF à mettre fin à ses activités au début des années 2000.

Affronter le taureau rouge et le prendre par les cornes

Surf, breakdance, skateboard, kayak d’aventure, escalade, plongeon de haut vol, vélo de montagne et compétition de jeux vidéo sont toutes des disciplines présentées par la chaîne Red Bull TV, propriété du fabricant de boissons énergisantes. La compagnie produit des événements, en crée de toutes pièces – notamment le Ice-Cross Challenge qui s’est arrêté quelques années à Québec – et commandite des centaines d’athlètes partout dans le monde, tous sports confondus.

Vous voulez savoir à quoi ressembleront les prochains sports olympiques ? Ne cherchez pas plus loin. Non seulement, les Jeux olympiques n’ont plus le monopole des compétitions les plus prestigieuses, ils ne représentent plus l’objectif sportif ultime pour certains athlètes de l’élite mondiale.

L’ancien canoéiste d’eau vive et Olympien des Jeux de 1996, François Létourneau, cite en exemple l’Américain Dane Jackson. Un athlète commandité… par Red Bull.

« C’est un des meilleurs pagayeurs au monde, mais il ne fait pas de compétitions de slalom. Son père est allé aux Jeux olympiques à mon époque. Il saute des chutes et il fait des choses que je n’aurais jamais pensé faire il y a 20 ans. Des trucs incroyables ! Et c’est ça qui vend », explique-t-il.

Jackson compte 164 000 abonnés Instagram et il n’a visiblement pas besoin de suivre les mêmes rapides que son père pour vivre de son sport.

« Sauter une grosse chute, ça fait de belles photos sur Instagram, mais je trouve ça triste, parce qu’on ne valorise plus la précision et la finesse, mentionne Létourneau. Pour avoir des émotions, il faut que tu sautes des chutes ou des gros rapides. Ça fait des belles photos », poursuit l’ancien athlète qui ajoute au passage que l’émission de télévision « Expédition kayak » d’Unis TV, qui met en vedette les pagayeurs de Québec Connection, va elle aussi dans ce sens.

Le spectacle à l’avant-plan

En plus des épreuves organisées par Red Bull, le CIO a de la concurrence des X-Games, de même que des émissions de courses à obstacles American Ninja Warrior (télévision) et Ultimate Beast Master (Netflix). Cette dernière a d’ailleurs un format comparable aux Jeux olympiques où s’affrontent des équipes de différents pays dans une ambiance survoltée avec des éclairages et des effets pyrotechniques dignes d’une superproduction hollywoodienne. C’est d’ailleurs Sylvester Stallone qui est le producteur de Ultimate Beast Master.

Le marcheur olympique Mathieu Bilodeau sait que son sport ne peut rivaliser avec ces propositions.

« C’est sûr que c’est difficile d’aller chercher des jeunes », croit celui qui verra l’épreuve du 50 kilomètres disparaître du programme olympique en 2024. « Je ne comprends pas la logique derrière l’arrivée du breakdancing (aux Jeux olympiques). Ce ne sont pas les Jeux de la Francophonie, qui sont un festival culturel et sportif. C’est là que j’ai de la misère (à comprendre). Je ne dis pas qu’ils ne sont pas bons. »

Les compétitions de jeux vidéo sont elles aussi vues comme un nouveau marché prometteur. Au huitième sommet olympique présenté en décembre 2019, le CIO a invité les fédérations sportives internationales à « examiner comment gouverner les formes électroniques et virtuelles de leurs sports et à étudier les possibilités offertes avec les éditeurs de jeux. »

Red Bull TV occupe déjà le terrain des compétitions de jeux vidéo, une industrie dont les revenus ont dépassé la barre du 1 milliard de dollars pour une première fois en 2020. Pour cette même année, la firme spécialisée de statistiques de jeux vidéo Stream Hatchet a noté que le nombre d’heures de visionnement en direct de compétitions de jeux vidéo a régulièrement dépassé les 600 millions d’internautes et téléspectateurs par semaine.

Que ces compétitions cadrent ou non avec l’image que l’on se fait de ce qu’est un sport olympique, le CIO prendra assurément bonne note de ces statistiques.

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