7 Mar - 2024 | par Alexanne Raiche

Semaine de la Journée internationale des droits des femmes : Sonia Denoncourt

Communiqué

Montréal, le 7 mars – À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes le 8 mars, nous avons choisi de faire rayonner le parcours sans égal de Sonia Denoncourt, ancienne arbitre et directrice de l’arbitrage de la CONCACAF et de la FIFA, intronisée au Panthéon des sports du Québec dans la catégorie « bâtisseurs » en 2021 et récipiendaire du prix Reconnaissance du Gala Femmes d’influence d’Égale Action l’année dernière.

Avec un tel CV, cette femme d’action du soccer a eu à faire tomber bien des barrières au fil de ses quarante années de carrière au Canada ainsi qu’à l’international. Elle a ainsi ouvert la voie à plusieurs femmes dans l’univers sportif à travers le monde. Égale Action a donc voulu profiter de l’expérience et du point de vue unique de cette femme rigoureuse et engagée en lui posant quelques questions sur la situation des femmes dans le monde du sport en 2024.

1. Qu’est-ce qui a changé le plus dans l’encadrement du sport au féminin au cours des quarante dernières années ?

« En 1994, quand j’ai été la première femme à recevoir une certification d’arbitre internationale de la FIFA, j’étais perçue comme une extraterrestre. Aujourd’hui, il y a plus d’un millier de femmes qui jouent ce rôle. Malgré cette montée exponentielle, il reste encore des déséquilibres importants. Dans les différents postes que j’ai eus, chaque jour, j’ai mené des combats pour offrir aux femmes les moyens d’être reconnues pour leur talent et leur performance pure et simple. La vérité, c’est que dans les dossiers où nous avons progressé et que cela a été documenté et intégré aux processus, cela a pu perdurer dans le temps. Toutefois, à chaque nouvelle occasion, le naturel revient au galop. Nous avons alors tendance à privilégier les hommes. Il n’y a qu’à penser à l’intégration d’arbitres en assistance vidéo. Quand ce projet a été lancé il a quelques années de cela, ce sont seulement des hommes qui ont été choisis. Ainsi, encore aujourd’hui, les femmes doivent cogner aux portes du milieu sportif avec acharnement et détermination, si elles attendent que celles-ci s’ouvrent pour elles, il ne se passera rien. »

2. Est-ce que les abus sont toujours aussi présents dans le sport en 2024 ?

« Dans plusieurs sports, il faut être conscient·es qu’il y a encore beaucoup d’abus normalisés surtout à l’endroit des arbitres. L’œil s’est peut-être habitué à voir des femmes arbitrer au soccer, mais il y a de la violence ancrée. On pourrait assurément s’inspirer de d’autres sports comme le rugby où c’est tolérance zéro. Avec les années, certains outils ont été développés et certaines règles changées pour le mieux. Toutefois, les sanctions sont souvent minimes. Un joueur reçoit une suspension d’un match pour un geste ou une parole inappropriée avec une amende ridicule à payer lorsque l’on considère son statut de professionnel qui gagne des dizaines de millions de dollars par année. Le lendemain ça peut donc recommencer sans autre conséquences. Pour changer les choses, il faudrait réussir à modifier sincèrement la culture de certains sports. »

3. Au niveau de l’arbitrage, que pensez-vous de la relève féminine actuelle ?

« Nous avons augmenté beaucoup le nombre d’arbitres féminins au cours des dernières années et je suis fière de ce progrès. Je vois des arbitres incroyables sur le terrain en ce moment. Par contre, il y a un piège. La dernière chose que nous souhaitons, c’est de ruiner des carrières ou de voir des arbitres au potentiel exceptionnel abandonner parce qu’elles ont été propulsées au sommet sans avoir eu la préparation adéquate. Le milieu doit donc s’assurer de bien soutenir cette relève qui est sur la voie rapide. Chaque arbitre devrait pouvoir bénéficier d’un suivi individualisé, des conseils et de l’accompagnement de mentor·es d’expérience et d’une écoute attentive par rapport à leurs besoins et aspirations. Ainsi, nous pourrons avoir un système axé sur la qualité et l’expérience plutôt que sur le nombre. C’est un parcours gagnant·e-gagnant·e pour tous·tes.

4. Quels conseils donneriez-vous à une femme qui aimerait avoir une carrière internationale en arbitrage ?

« Il faut arbitrer chaque match comme si c’était le dernier en donnant toujours son 100 %. L’arbitrage au soccer, c’est très exigeant physiquement et mentalement. Le positionnement, les décisions, les signaux, tout est important. Aujourd’hui, les arbitres qui atteignent un certain niveau ont le privilège d’avoir un·e évaluateur·trice qui peut leur donner de la rétroaction constructive et complète après chaque match. Il faut être à l’écoute de ce qu’elles peuvent améliorer, prendre tous les outils qui leur sont offerts et profiter de ce soutien. Je n’ai pas eu cela pour faire ma place. À l’époque, je recevais seulement une note sans explications après un match. Je savais que j’avais bien fait lorsque j’étais rappelée pour arbitrer un autre match d’envergure, il n’y avait rien d’autre. À cet effet, il y a donc eu un beau progrès dans l’encadrement des arbitres et il faut en profiter ! »

5. Que vous rappelez-vous du dernier match que vous avez arbitré ?

« Quand tu choisis le rôle d’arbitre au soccer, ton but est presque d’être invisible. S’il n’y a pas de remous dans ta direction durant un match, c’est souvent signe que tu as effectué un travail impeccable. Les arbitres au soccer ne sont pas ceux et celles qui ont besoin d’être vu·es sur le terrain. J’ai arbitré mon dernier match en 2004 comme tous les autres en donnant mon 100 %. Je ne suis jamais allée dans cette profession pour les fleurs et la reconnaissance alors j’ai terminé cela sobrement, en ayant le sentiment d’avoir bien fait les choses et pour les bonnes raisons. »
 

À propos d’Égale Action
Égale Action a pour mission de rendre le système sportif québécois équitable ET égalitaire à l’égard des filles et des femmes et de soutenir ces dernières dans le développement de leur plein potentiel. L’organisation se donne par le fait même le mandat de faire rayonner dans la communauté les profils de femmes d’influence du milieu sportif.

Pour en savoir davantage, consulter www.egaleaction.com.

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