26 Jan - 2022 | par Mathieu Fontaine

Ski acrobatique (sauts)

Viser la perfection, rien d’autre

Nouvelle

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Illustration : Tom Pougin (@piano_mugshot)

Montréal, 26 janvier 2022 – Il y a deux ans à peine, une rumeur, toujours plus persistante dans le circuit mondial de ski acrobatique, annonçait l’arrivée d’une jeune Canadienne prodigieuse parmi les meilleures sauteuses de la planète. La prophétie s’est avérée. Armée de ténacité et de qualités athlétiques exceptionnelles, Marion Thénault concrétise sa progression fulgurante par sa présence aux Jeux olympiques de Pékin.

En moins de quatre ans, elle est passée de gymnaste de niveau national et apprentie skieuse aux podiums de la Coupe du monde de sauts. Un exploit certes impressionnant, mais impossible sans son travail acharné vers l’atteinte de la perfection.

« C’est une de ses plus grandes forces, parce qu’elle ne sera jamais satisfaite et elle va tout le temps pousser la limite », lance l’entraîneur de sauts Rémi Bélanger, qui l’avait repérée au camp des recrues RBC en 2017.

« Ça peut aussi être une faiblesse, parce que quand ça ne va pas bien, ça peut vraiment mal aller et ça peut jouer sur son humeur. […] Avec Marion, il faut lui montrer que ce qu’elle fait, c’est satisfaisant, même si elle pense avoir raté son coup. »

La principale intéressée ne s’en cache pas non plus. Derrière sa bonne humeur et son sourire contagieux se cache un fort tempérament, parfois même colérique. Elle juge cependant être en mesure de maîtriser ce couteau à double tranchant plus souvent qu’autrement.

« Je suis très rarement satisfaite de mes sauts ! Ça m’en prend vraiment beaucoup pour être (entièrement) satisfaite. Chaque fois, je veux faire le meilleur saut possible. Je me mets une pression énorme et, normalement, j’arrive à bien la gérer. […] Mes proches savent à quel point je suis exigeante envers moi-même. Parfois, c’est difficile d’accepter que je ne suis pas parfaite et qu’il y a des erreurs », confie la Sherbrookoise de 21 ans.

« D’un autre côté, je suis tellement exigeante que je suis capable d’accomplir des choses plus grandes que ce que les gens pensaient au début. Ça fait partie de moi et je travaille sur ça continuellement. J’en veux toujours plus ! »

– Marion Thénault

Se nourrir de l’adversité

Pour Marion Thénault, il serait inimaginable de gérer ses attentes personnelles et la pression qu’elle s’impose sans l’aide précieuse que lui apportent ses rencontres hebdomadaires en psychologie sportive et sans le soutien continue de son entourage.

Mais même si elle se dit « mieux outillée que jamais » pour faire face à toute éventualité, elle avoue parfois avoir le vertige lorsqu’elle s’élance du haut de la piste. Non pas à l’idée de s’envoler à plus de 9 mètres dans les airs pour y effectuer une myriade d’acrobaties et encaisser le choc à l’atterrissage, mais plutôt à l’idée de se mesurer à l’élite mondiale avec si peu d’expérience.

« Je regarde les autres filles et on dirait que je n’y crois toujours pas. Je suis là, avec les meilleures au monde et je me bats pour le podium à chaque compétition. C’est ce que je veux, mais j’admire tellement ces filles-là et je les trouve tellement bonnes que je ne me compare pas directement avec elles. C’est encore en processus. »

Ce qui apparaît d’abord comme un désavantage est rapidement devenu une force pour la représentante canadienne. L’expérience acquise au fil du temps, de même que ses prestations en Coupe du monde, lui permettent aujourd’hui d’éviter de se laisser impressionner et de se concentrer à 100% sur sa propre performance.

« Je pense que j’ai vraiment un mode compétition, poursuit-elle en riant. Je ne pense à rien d’autre que ce que moi je dois faire. Je deviens dans ma bulle et c’est un avantage pour moi. Je ne me laisse pas intimider par l’atmosphère et les attentes. […] Personne ne me connaissait avant. Maintenant, ils savent qui je suis et ce dont je suis capable ! Je l’ai prouvé à tout le monde et à moi-même. »

Son arrivée n’est d’ailleurs pas passée inaperçue au sein du circuit de la Coupe du monde, où elle a récolté deux podiums et le titre de recrue de l’année à sa première saison complète en 2020-21.

« C’est un petit monde ! Je pense que les gens savaient qu’elle s’en venait, mais ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle soit aussi dominante, aussi rapidement. Ils ont été très surpris ! » raconte fièrement Rémi Bélanger.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses opposantes ont elles aussi eu droit à une surprise de taille lorsqu’elles ont observé ses premiers entraînements.

« Dès le départ, on pouvait voir qu’elle avait beaucoup de potentiel. On a vu qu’elle n’avait pas peur de mettre les efforts pour arriver à ses fins et elle s’est glissée parmi les meilleures dès sa première Coupe du monde. C’était assez impressionnant ! » indique l’Australienne Laura Peel, une concurrente devenue une idole et un exemple à suivre pour Thénault.

« Marion est magnifique quand elle saute ! J’ai la chance de la côtoyer à l’extérieur de la piste et d’observer sa progression de près. Elle a soif de victoires et il n’y a aucun doute qu’elle a beaucoup à donner à notre sport. »

– Laura Peel, championne du monde en titre en sauts

Écrire son histoire, une page à la fois

Du plus loin qu’elle se souvient, les Jeux olympiques ont toujours été un rêve pour Marion Thénault. Si elle le croyait éteint au terme d’une carrière de 14 ans en gymnastique, il a subitement repris vie à ses débuts sur la rampe de saut. Et, il est redevenu réaliste lors de son premier camp préparatoire en 2018, à Ruka, en Finlande.

« Dans ma tête, j’avais un plan détaillé et j’attendais le bon moment pour lui en parler. Après une journée difficile, on s’est assis ensemble et je lui ai dit ce que je voyais en elle et comment on allait s’y rendre (aux Jeux olympiques). Tout de suite, ses yeux ont allumé et elle a dit :“ J’embarque là-dedans à 100% ! ” » se souvient Bélanger, qui sera lui aussi de la partie à Pékin.

« Il avait déjà confiance en moi et ça m’a donné un boost, ajoute Thénault. Un rêve n’est pas motivant s’il n’est pas réaliste. Il faut avoir un plan et une idée à savoir comment s’y rendre. Depuis que c’est redevenu réaliste, ça me trotte dans la tête. »

L’athlète n’a pas ménagé ses efforts, si bien qu’elle a largement excédé les attentes initiales de son entraîneur. Déterminée à repousser ses limites encore plus loin et à devenir plus constante dans ses sauts, elle a mis l’accent sur les détails techniques et sur sa forme physique générale pendant la dernière saison estivale.

Son premier objectif pour la campagne 2021-22 était de remonter sur un podium de la Coupe du monde avant les JO, ce qu’elle a réalisé en remportant la médaille d’argent lors de sa dernière sortie au Relais, le 5 janvier.

La prochaine fois qu’elle sautera en compétition, ce sera à Pékin, plus précisément au Parc Genting, situé dans la zone de Zhangjiakou. Là-bas, son but sera d’atteindre la super finale réservée aux six meilleures compétitrices et « d’exécuter le meilleur saut possible » afin de se donner une chance de monter sur le podium.

Au-delà de ses performances sur la piste, elle aura l’occasion d’enfin concrétiser le rêve qu’elle chérit depuis si longtemps.

« C’est quelque chose que j’ai recherché toute ma vie, je pense. Aller au maximum de moi-même, être la meilleure possible dans tout ce que je fais. De se rendre aux Jeux, c’est un peu l’ultime étape. J’ai plein d’émotions reliées, mais principalement, ça représente le travail de ma vie », conclut-elle.

Un peu à l’image des livres de science-fiction qu’elle dévore dans ses rares temps libres, Marion Thénault se retrouve au cœur d’une histoire qui peut paraître utopique, mais qui appartient bel et bien à la réalité. Elle a causé une onde de choc dans l’univers du ski acrobatique et, lentement mais sûrement, elle apprend à maîtriser la science qui la mènera un jour jusqu’à « sa » propre perfection.

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